Pratique, la stratégie du non-dit. Une manière fort diplomatique de préserver l'entente cordiale sans jamais se faire prendre en faute. Mais elle est aussi dangereuse: en s'abstenant de dire ce qu'on pense, on ne se montre pas tel qu'on est et l'on est forcément incompris, ce qui provoque, au fil du temps, une souffrance dont on voudrait bien se libérer. Mais comment?

Marlyse Tschui - Extrait -

"Pour être en relation avec les autres, il faut être en relation avec soi", affirme Sophie Poget Markevitch. Gestalt-praticienne et formatrice en entreprise à Lausanne, elle propose un atelier de communication intitulé "Oser dire les choses". Au lieu de s'autocensurer, les participants y apprennent à exprimer les mots qui les habitent et s'initient progressivement à un exercice moins difficile qu'il n'y paraît. Ils découvrent, non sans étonnement, la différence entre ce qu'ils imaginaient et la réalité. En se lançant à l'eau, ils s'aperçoivent que, loin de provoquer le cataclysme redouté (jugement, rejet ou agressivité de la part de l'interlocuteur), la parole vraie permet de rencontrer autrui. "Quand les gens osent parler, ils ne sont plus seuls, souligne Sophie Poget Markevitch. De plus, oser dire aide à comprendre l'autre. Car pour bien communiquer, il ne s'agit pas seulement de s'exprimer avec ses propres mots, mais aussi de les formuler de manière à être accueilli par autrui." L'expérience de Bénédicte illustre bien les raisons pour lesquelles on peut être tenté de dissimuler ce qu'on ressent pour plaire à son entourage. Bénédicte a 30 ans. Le comportement de sa belle-mère lui est devenu intolérable. Celle-ci n'a jamais accepté la jeune femme qui lui a "volé" son fils et la traite par le mépris. Quand le couple lui rend visite - fréquemment, car cette dame ne cesse de se plaindre d'être seule et abandonnée - la belle-mère fait comme si Bénédicte n'existait pas et l'exclut de la discussion. Elle accapare son fils bien-aimé sous tous les prétextes et fait des histoires quand il oublie de lui téléphoner. Le mari de Bénédicte n'ose rien dire à sa mère et ne refuse jamais ses demandes ("elle est si seule..."). Quant à la jeune femme, elle n'ose rien dire à son mari de peur de le blesser. Mais elle ne supporte plus cette situation et souhaite en finir avec ces faux-semblants. En participant à l'atelier, elle cherche les mots qu'elle pourrait dire à son mari sans le blesser afin de lui faire comprendre qu'elle n'en peut plus. Elle essaie de formuler sa demande, commence par se perdre dans les détails en oubliant l'essentiel, et finit par trouver un langage spontané, simple, pour dire ce qu'elle ressent au fond d'elle: "Pour l'instant je préférerais ne plus voir ta mère. Je respecte le fait que tu ailles la voir, mais moi je n'arrive plus à faire bonne figure." Le fait de discuter de tout cela au sein du groupe permet à Bénédicte de se rendre compte qu'elle n'est pas fautive, que ce n'est pas à cause de son attitude à elle qu'elle se voit rejetée, que le problème se situe du côté de sa belle-mère, et qu'elle a le droit de faire part de ses sentiments.
"Certains sont persuadés qu'il est égoiste de mettre en avant ses propres désirs, observe Sophie Poget Markevitch. Ils croient qu'il ne faut pas penser à soi, mais aux autres. En agissant ainsi, ils faussent la relation. Tout comme le font ceux qui jouent un rôle pour donner d'eux une image positive, ce qui ouvre la porte à tous les malentendus. D'autres ont peur de se confier. Je songe à cet homme qui n'a jamais osé parlé de lui de manière intime, ce qui l'empêche de vivre un amour vrai. Ou à cette femme qui souffre en silence, s'interdisant de dire à ses collègues de bureau que la manière dont le travail est organisé ne lui convient pas. Elle a l'impression d'être une victime. Mais il faut être conscient que ce que nous ne disons pas peut déclencher la manipulation que nous redoutons." (...)






FEMINA «Vaincre la boulimie» 27/04/1997


Elégantes, souriantes, exerçant souvent un métier valorisant, les femmes souffrant de boulimie savent cultiver les apparences du bien-être. Mais leurs crises de fringale, vécues en secret, traduisent une immense détresse. A l'origine de ce mal de vivre, un sentiment de manque affectif remontant à l'enfance.
Si elles avaient un cri de ralliement, ce serait "SOS maman!".

psycho
Vaincre la boulimie

Marlyse Tschui

Elles sont obsédées par leur image, qu'elles veulent parfaite. C'est pourquoi elles soignent leur présentation, travaillent avec acharnement et affichent une compétence sans faille. Dissimulant leurs points faibles et leurs émotions, elles donnent l'impression d'être sûres d'elles. Mais, intérieurement, elles se sentent incompétentes et indésirables. Leur silhouette, qui ne correspond jamais à l'idéal qu'elles ont en tête, est l'objet de préoccupations constantes. Contrairement à une idée reçue, les femmes atteintes de boulimie ne sont pas grosses. Et pour cause: ces championnes des régimes en tout genre vont jusqu'à recourir aux grands moyens pour éviter les conséquences de leurs orgies de nourriture: certaines se font vomir, d'autres recourent aux laxatifs, au jeûne prolongé ou au sport à outrance.

On pourrait comparer le vie d'une personne boulimique à une lutte de tous les instants dont les seules défaillances se traduisent par ces crises de frénésie alimentaire, vécues en cachette et ignorées de l'entourage. Une femme boulimique cache sa souffrance et sa honte. Plus elle a honte, plus elle se sent seule. Parler de tout cela lui semble impensable: après un tel aveu, comment pourrait-elle encore sauver les apparences?
Si l'on s'en réfère aux estimations de spécialistes sur le plan mondial (étude Fairburn et Beglin, 1990), une femme sur cent souffre de boulimie. La dépendance alimentaire, à l'alcool ou aux drogues est considérée tantôt comme un symptôme dépressif, tantôt comme un moyen de lutter contre la dépression. Comme le montre une étude réalisée sur plusieurs années auprès de 900 adolescents (G.Leon, 1993), le principal facteur de risque lié aux troubles alimentaires est la difficulté à identifier et à maîtriser différents sentiments négatifs. Lors de conflit, par exemple, les filles souffrant de boulimie sont incapables de dire si elles ressentent de la déception, de la colère ou de l'angoisse; elles perçoivent un désordre affectif diffus qu'elles cherchent à surmonter en se jetant sur la nourriture. Elles sont également insatisfaites de leur propre corps, dont elles ne comprennent pas les sensations et les signaux.
L'expérience l'a prouvé, la psychanalyse classique s'avère le plus souvent inopérante dans les cas de boulimie. Diverses approches thérapeutiques ont été développées avec plus ou moins de bonheur. Certaines s'appuient sur des conseils nutritionnels et diététiques, ou encore sur la tenue d'un "carnet de route alimentaire" dans lequel le patient est tenu d'inscrire avec précision chacun de ses repas ou de ses grignotages, avec pour objectif de parvenir à une normalisation de son alimentation...ce qui comporte néanmoins le risque d'entretenir chez la personne boulimique cette focalisation sur la nourriture dont elle voudrait précisément se débarrasser. D'autres formes de thétrapie, comme la Gestalt*, considèrent les troubles alimentaires comme un symptôme, important certes, mais secondaire par rapport à la nature du mal. D'où l'étonnement de Bénédicte, 31 ans, lorsqu'elle est allée consulter avec l'idée de trouver de l'aide...pour maigrir:
"J'avais déjà souffert de boulimie à l'adolescence, puis cela m'a repris dix ans plus tard, à une période de ma vie où j'étais triste, même désespérée. J'ai essayé de lutter seule pendant un an et demi. Puis je suis allée voir un médecin, qui m'a prescrit des coupe-faim. Il m'avait également donné les coordonnées d'une association de boulimiques, mais je ne l'ai pas contactée: pour moi il était tout simplement inconcevable d'évoquer mon problème en public. Le coupe-faim, bien sûr, n'a rien résolu. Je ne voyais plus d'issue. C'est une annonce dans le journal qui m'a décidée à consulter une thérapeute. "Lorsque je suis allée la voir la première fois, j'espérais trouver une solution miracle. Mon objectif était de perdre du poids. J'ai d'abord été surprise en voyant que la nourriture n'était pas au centre de notre discussion. La thérapeute m'a fait remarquer qu'avant de vouloir maigrir, il fallait que je songe à régler certains problèmes dans ma tête. Pendant plusieurs semaines, j'ai tourné en rond. Je n'osais pas me confier, je n'arrivais pas à me débloquer.
" J'ai mis longtemps à comprendre le lien qui existait entre ma boulimie et mes relations avec maman. Ma mère ne m'a jamais demandé d'être une petite fille parfaite, elle n'a pas fait pression ouvertement sur moi. Mais c'était implicite. Je me disais que pour être aimée d'elle, il fallait que je sois idéale. A partir de là, tout au long de ma vie, j'ai voulu donner une certaine image de moi. Je cherchais à plaire aux autres sans exprimer ce que je ressentais rééellement. Lorsqu'on me demandait quelque chose, je ne savais pas dire non. Je n'avouais pas mes faiblesses. Je n'acceptais pas mon corps, qui ne correspondait pas à l'idée que je me faisais de la perfection. J'ai fait des choses incroyables. Après les crises de boulimie, je jeûnais. J'ai essayé toute la panoplie des régimes. J'étais convaincue que mon bonheur dépendait de mon apparence.
" Cette habitude que j'avais prise de jouer un rôle sans jamais révéler mes vrais sentiments a eu des répercussions sur ma vie affective et professionnelle. Je ne parvenais pas à m'affirmer. A l'époque où je suivais cette thérapie, je travaillais comme chef de service. Une autre entreprise m'a proposé un poste nettement plus intéressant. Autrefois, j'aurais refusé cette offre, afin de ne pas décevoir mon employeur et de ne pas lui causer de difficulté. Mais là, j'ai osé dire que j'avais envie de partir, que je serais plus heureuse de travailler ailleurs. J'ai dû faire un effort sur moi-même pour dire ce que je pensais. Mon employeur n'était pas content que je démissionne et me l'a bien fait sentir. N'empêche que je suis très satisfaite de ma décision: non seulement mon nouveau travail me plaît, mais je viens d'être nommée cadre supérieur.
" Aujourd'hui je suis guérie. Je n'ai plus de crise de boulimie et j'ai même perdu du poids sans m'en rendre compte. J'apprends à me montrer telle que je suis. Mais j'ai encore des choses à apprendre, et j'ai décidé de continuer ce travail sur moi-même."
Gestalt-praticienne, Sophie Poget** a mis en place un groupe de thérapie pour boulimiques, parallèlement aux consultations individuelles. Elle connaît bien le sujet: cette mère de deux enfants est une ancienne boulimique. "Mon expérience personnelle m'a aidée énormément. La boulimie est la matérialisation d'un malaise qui pourrait aussi bien se traduire par une prise abusive de médicaments, par l'alcoolisme ou la toxicomanie. Dès qu'on est en proie à une difficulté, au lieu de noyer ça dans l'alcool, on le noie dans la nourriture.
"Chez les boulimiques, on constate une déconnexion entre la tête et le corps. A force de se demander ce que les autres attendent d'elles, elles perdent le contact avec leurs émotions et avec leurs besoins. Elles raisonnent en se disant "il faut" ou "je dois", des injonctions qui sont souvent le produit de l'éducation. En Gestalt, on recourt au processus inverse, en se posant les questions suivantes: "Comment est-ce que je me sens?", "De quoi ai-je besoin?", "Que puis-je faire pour satisfaire ces besoins?". Une boulimique comble un manque au moyen de la nourriture. Si elle fonctionne uniquement sur le mode intellectuel, elle n'est pas en mesure d'identifier ce manque. Par la Gestalt, elle apprendra à écouter ce qui se passe en elle, ici et maintenant. A mettre en mots ses sensations et ses sentiments.
"Certaines femmes m'appellent en me disant: "Je ne me fais pas vomir, je ne prends pas de laxatif; est-ce que je suis boulimique?" Je leur demande: "Quel est votre rapport avec la nourriture? Est-ce que vous le vivez bien ou mal? Etes-vous obsédée au point que vous avez de la peine à vivre à cause de cette obsession?" C'est cela qui est déterminant.
"Il est frappant de constater que toutes les personnes boulimiques souffrent d'une difficulté relationnelle avec leur mère. On en revient à la question de l'image, celle de la gentille petite fille qui, de peur de ne plus être aimée de sa maman, tait ses sentiments négatifs et s'oblige à être première de classe. Devenue grande, la petite fille continue à être la gentille qui réussit professionnellement. Ces femmes ont toutes de bons métiers, elles sont ingénieur, infirmière, directrice de marketing, secrétaire de direction. Qu'elles aient 15 ou 45 ans, leur boulimie est toujours en rapport avec maman. On n'en parle pas, parce qu'ils sont moins nombreux, pourtant il existe des hommes boulimiques; eux aussi ont un problème avec leur mère."
Attention aux mauvaises interprétations: cela ne veut pas dire que la mère est responsable de la boulimie de son enfant, mais qu'un malentendu s'est installé entre l'une et l'autre. L'enfant avait face à sa mère, un certain nombre de besoins ou d'attentes qu'il n'a pas su ou osé formuler, et qui n'ont pas été comblés. De son côté la mère n'a pas été en mesure, en raison de sa personnalité ou parce qu'elle n'a pas compris les attentes de son enfant, de répondre à ses désirs. Cette méprise peut durer des années: aussi longtemps, en fait, que le dialogue n'est pas engagé.
"Nous encourageons la personne à mettre des mots sur sa tristesse, à identifier l'évènement qui a suscité cette émotion, poursuit Sophie Poget. Si elle me dit, par exemple: "J'étais dans ma chambre, je me sentais seule et incomprise, parce que ma mère m'a punie au lieu de me prendre dans ses bras et de me réconforter", je lui demande ce qu'elle aurait eu envie de dire à sa mère ce jour-là. Je vais l'inciter à exprimer ce qu'elle n'a pas exprimé sur le moment. Car même si un évènement s'est produit il y a trente ans, il reste très chargé émotionnellement et a besoin d'être dit.
"Lorsqu'on éprouve une attente démesurée par rapport aux capacités d'autrui, on a tendance à se considérer comme une victime et à adopter une position accusatrice. Pour dédramatiser, il s'agit de comprendre que nos besoins sont parfois en contradictoin avec ce que l'autre peut nous offrir. Prenons l'exemple de la mère qui chaque jour accueille sa fille au retour de l'école en lui préparant des tartines. C'est une attention affectueuse. Mais sa fille se plaindra peut-être plus tard, parce que les tartines ne l'intéressaient pas et qu'elle aurait préféré que sa mère lui raconte des histoires le soir avant de dormir. Et quand elle parlera de ce désir qui n'a pas été comblé, une amie lui dira: "Tu avais la chance qu'elle te fasse des tartines. Ma mère à moi, non seulement ne me lisait pas d'histoires, mais elle ne me préparait pas non plus de goûter." N'empêche qu'il reste une souffrance, parce que l'enfant avait besoin d'un certain mode de communication pour se sentir aimée, et que sa mère communiquait son amour autrement.
"L'étape suivante, c'est de parvenir à dialoguer avec sa mère, en disant ce qu'on a vécu et comment on l'a ressenti. Il ne s'agit pas du tout de l'accuser, mais d'exprimer ses besoins humblement, sans la blesser. D'oser lui dire: "Voici comment je suis réellement. Je ne suis pas la fille forte que tu souhaitais." C'est ainsi qu'on parvient à s'accepter, et à accepter l'autre. C'est le résultat de tout un travail. On n'y parvient pas du jour au lendemain après avoir gardé le silence si longtemps. Mais un jour on se rend compte qu'on est prête, qu'on peut parler à sa mère en restant en contact avec ses sentiments réels, et accepter sa mère comme elle est, sans s'accrocher à ses rêves de petite fille. La clé, l'acceptation avec un grand A: reconnaître que maman m'a donné ce qu'elle a pu, en fonction de qui elle est. A partir de là il s'établit un contact et un partage authentique entre la mère et la fille. Je crois vraiment que la simplicité et la sincérité sont nos meilleures armes. Quelqu'un qui dit simplement comment il fonctionne et de quoi il a besoin désarme son entourage. C'est valable pour toutes les relations humaines, sur le plan privé ou professionnel.
"On ne change pas le passé, mais on peut le considérer autrement. Une personne boulimique a en soi un mur, constitué de tous ses malaises, de tout ce qu'elle a accumulé et qui l'a progressivement coupée du monde. Plus les années passent, plus le mur la fait souffrir. Au bout d'un certain temps, cela devient tellement insupportable qu'elle éprouve le besoin de casser ce mur. Après l'avoir détruit, elle peut regarder ce qui se cache derrière et commencer un travail sur soi. Elle ne va pas jeter les briques, parce qu'elles représentent son passé et font partie de sa vie. Mais quand elles seront par terre, elle pourra les prendre, les observer pour ce qu'elles sont, et les disposer différemment, de manière à pouvoir vivre en harmonie avec son passé, en aménageant des ouvertures vers le monde extérieur."

*Thérapie axée sur l'expression verbale ou corporelle des émotions, la Gestalt aide la personne à prendre conscience de ses propres besoins et à communiquer avec autrui d'une manière authentique.
**Sophie Poget, diplômée de l'Ecole parisienne de Gestalt, tél.(021) 625.55.45






LA LIBERTE 23/07/2002


Pour vous décoincer, sachez déterrer le clown qui est en vous !

SANTE . Face au stress, à l'épuisement et aux agendas surchargés, une comédienne lausannoise propose des cours de rire et de plaisir. L'exercice n'a rien d'une clownerie.

GABRIELLE DESARZENS

Les clowns prolifèrent. Dans les foires, les cirques, les fêtes et les mariages, certes. Mais aussi à des fins thérapeutiques au chevet des malades et des personnes âgées. La fondation Théodora a ainsi donné le coup d'envoi en pédiatrie avec ses docteurs Bobo, Panosse et compagnie. L'association Auguste lui emboîte le pas et fait entrer dans les établissements médico-sociaux toute une série d'employés recyclés l'espace de quelques heures en clowns.
Nouveau: les adultes qui veulent décompresser sont de plus en plus nombreux à investir des cours où ils mettent un nez rouge, parlent fort et exagèrent leur gestuelle. "Parce qu'ils en ont marre de se prendre la tête, de faire systématiquement attention à ce qu'ils disent, à ce qu'ils font. Faire le clown leur permet de revenir à qui ils sont, à retrouver des émotions profondes et à les partager".

TROP DE "IL FAUT, TU DOIS"
La comédienne Sophie Poget Markevitch vient de boucler une année de cours à l'Université populaire de Lausanne. "Tous les mercredis soirs, après une journée de travail épuisante, rythmée par des "il faut", "je dois" et des exigences de rentabilité, l'architecte, l'ingénieur et la fleuriste sont venus tant se décharger que remonter leurs batteries en essayant d'être vrais avec ce qu'ils ressentaient et présents avec ce et ceux qui les entouraient", rapporte-t-elle.
Suite à la demande même des participants, elle a mis cet été sur pied des stages de "clowns à la ferme" dans le Gros-de-Vaud. Echauffement, concentration, pose de voix, travail en groupe, improvisation sont autant d'exercices au palmarès des week-ends. "Il y a actuellement un réel engouement chez les adultes pour le clown", affirme-t-elle. Non sans souligner que l'étonnement et la profondeur de ce personnage burlesque sont une découverte systématique chez les participants.

DES CLAQUES MAGISTRALES
"Au-delà du nez rouge, on invite le public à entrer dans notre monde à nous: c'est magique, cela va très loin, vous savez." Les grands rires et les claques magistrales sur la cuisse obéissent toutefois à des règles précises: il faut tenir compte de l'environnement direct et interagir avec lui, rester concentré et accentuer systématiquement faits et gestes.
Cours et stages de clowns mis à part, Sophie Poget Markevitch enseigne en entreprise ce qu'elle appelle de la "Gestalt". "C'est une philosophie de l'ici et maintenant. Les participants sont invités à réfléchir sur ce qu'ils veulent et sur ce qu'ils peuvent faire dans les circonstances qui les entourent".
Y introduire le clown la titille. "Les grandes godasses, le pantalon à bretelles sont des outils qui permettent à l'individu de se découvrir, de dire qui il est, d'exploiter ses ressources et de les partager: je crois beaucoup au clown entreprise, car entrer dans ce personnage est à mon sens, le chemin le plus rapide pour être bien", conclut-elle.

LE COMIQUE EST MOTIVANT
Comme l'ont montré les recherches du docteur Christian Tal Schaller de Genève*, il été prouvé que les performances physiques de volontaires augmentaient lorsqu'ils se reliaient psychiquement à la joie et au bonheur. A contrario, elles diminuent lorsqu'ils s'imaginaient tristes et malheureux.
D'autres études ont aussi montré une augmentation des anticorps salivaires après le projection d'un film comique, alors qu'un film documentaire n'entraîne aucun changement. Par contre, un film de guerre cause une diminution de ces anticorps, ce qui témoigne d'un affaiblissement du système immunitaire général.
Rire et avoir du plaisir sont donc des choses sérieuses. Elles influent directement sur la santé. S'il fallait le démontrer, il est bon de le faire savoir dans un monde où les gens ne savent plus trop qui ils sont, tant empêtrés qu'ils sont dans des problématiques d'horaires et de carrière.

*Le docteur Christian Tal Schaller (alias Docteur Samuze) a signé plusieurs ouvrages, dont "Le rire, une merveilleuse thérapie", paru aux éditions Vivez Soleil.

Les cours "A la recherche de votre clown!" reprennent à l'Université populaire de Lausanne en septembre. Il reste encore des places disponibles pour le stage de "clowns à la ferme" des 7 et 8 septembre à Oppens.

Rens. et inscriptions: Sophie Poget Markevitch, tél. 021 625 55 45

presse




   24, 25, 26 décembre 1999                                                                                                                 

TEMOIGNAGE .Sophie Poget Markevitch estime que la nourriture peut être une drogue comme les autres. Si elle en est sortie aujourd'hui, c'est en renouant avec ses émotions et ses besoins.

Les sueurs froides des boulimiques, à l'approche des Fêtes

Xavier de Stoppani

Elles sont adolescentes, mères de familles ou cheffes d'entreprise et font l'admiration de leurs proches. Elles masquent pourtant une profonde souffrance: 1°/o des femmes seraient "boulimiques". Si elles parviennent à le cacher, c'est en rejetant, par tous les moyens possibles, la nourriture qu'elles ingurgitent. Mais les fêtes de fin d'année et leurs tentations relèvent du cauchemar pour ces femmes qui se jurent en permanence: "j'arrête." Sophie Poget Markevitch était boulimique. Elle dit s'en être sortie grâce à la Gestalt thérapie, une méthode qu'elle pratique aujourd'hui pour ses patientes. Témoignage.
"J'avais 20 ans quand ça a commencé. Mais je ne me suis rendue compte que 2 ou 3 ans plus tard. J'avais débarqué à Paris, je voulais faire du théâtre, j'étais déboussolée, je traversais un chagrin d'amour. Je suis partie en voyage, seule,  dans le Nevada, et le désert m'ennuyait. J'ai commencé à manger des biscuits pour qu'il se passe quelque chose. Quand j'ai terminé mon tour, je me suis aperçue que j'avais pris des kilos. Il y a avait un malaise, mais c'était furtif. De retour à Paris, un jour je me suis dit: "Voilà, c'est le mot: boulimique."
"Je ne me retrouvais que dans la nourriture. La bouffe, c'est une copine, on n'est plus seul. A la moindre contrariété, il fallait que je trouve quelque chose pour me remplir, pour sentir que j'existais réellement. C'est une dépendance totale, j'étais habitée par ça. Il y a des rituels, on sait et on décide qu'on va se faire du mal. Je faisais des crises, 3 à 4 fois par jour, parfois jusqu'à 8. J'allais au supermarché, et je remplissais mon chariot. Du sucre, du chocolat, des crèmes, des petites coupes à la chantilly. On se dit:"Allez, je me fais juste plaisir." On a besoin de ça, de douceur(s), d'amour. Et quand les réserves sont vides, tout y passe. S'il n'y a plus rien à manger la nuit, on se prépare une bouillie de farine. Certaines font les poubelles. J'ingurgitais jusqu'à souffrir, jusqu'à avoir l'impression d'exploser. Après, il faut se vider, se débarrasser. Vomir, ou se gaver de laxatifs. On mange avec sa tête au lieu de manger avec son estomac.
"Les réceptions, les fêtes de fin d'année, Pâques deviennent une torture. Tous ces dîners, ces boîtes de chocolats qu'on reçoit ou qu'on s'était promis d'offrir. Il faut refuser, on n'ose pas avouer cette dépendance, on prétexte un régime, mais les gens insistent et ne respectent pas notre réserve. Chaque repas en commun est une angoisse, alors que pour les autres c'est une fête. On s'enferme. Plus j'étais invitée, plus je me sentais isolée, exclue de ces festivités où personne ne pouvait mesurer à quel point je souffrais. Je ne parlais plus. Je vivais ces moments comme dans un nuage. Je ne savais même plus de quelles quantités de nourriture j'avais besoin. Je regardais dans l'assiette des autres pour savoir.
"Les boulimiques sont des gens qui se sont toujours entendu dire qu'ils sont forts et doivent le rester. Certaines boulimiques n'ont jamais parlé de leur souffrance à personne, trente ans durant. On ne se donne pas le droit de vivre. On a une force extraordinaire, on arrive à tenir, à masquer. C'est une lutte permanente, à la fois pour cacher, à la fois pour stopper cette dérive. Car il y a énormément de honte. Manger, c'est oral, infantile. On se sent sale. On s'en veut d'éviter ainsi les problèmes. De remplir une vie si médiocrement. De dévorer des gourmandises qu'on destinait à autrui. De se gaver alors que les trois quarts de la planète crèvent de faim. De passer aux caisses des supermarchés avec des chariots débordants de victuailles.
"Comme une drogue, on se jure d'arrêter, mais le besoin est trop fort. On tente de garder les placards vides. On s'impose des régimes sévères, on se nourrit de barres de protéines. Mais on se fait avoir, car le problème n'est pas là. D'abord on fond, c'est l'euphorie, on a le sentiment d'y arriver. Puis on devient très faible et on replonge. On passe d'un excès à un autre.
"On s'en sort. Par des méthodes comme la Gestalt, avec le soutien du sport, tout est possible. A un moment, il y a simplement trop de souffrance pour continuer. J'ai essayé deux fois de me tuer, sans succès, alors j'ai cherché de l'aide. La Gestalt m'a permis de renouer avec mes émotions et mes réels besoins. J'ai réappris à me soigner moi-même, à être gentille avec moi, à être authentique face aux autres. Ca a mis deux ou trois ans. Il n'y a pas de miracle.
"Mais le jour où on s'en sort, on s'en sort totalement. Alors que d'anciens toxicomanes ne peuvent plus toucher à leur drogue, sous peine de replonger, les anciens boulimiques peuvent manger comme tout le monde.
"Je continue à adorer le chocolat, mais même après un drame je n'y pense plus comme à un remède à ma détresse."

*Sophie Poget Markevitch, 021 625 55 45, e-mail: poget@web-services.ch

 

FEMINA Oser dire 27/02/2000

«Mettez un clown dans votre moteur» 8/02/2005

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